À Yamoussoukro, la jeunesse transforme les déchets du marché en opportunités d’avenir
Je l’avoue sans détour : en franchissant ce vendredi 17 juillet 2026 les portes de la salle de conférence du stade Charles Konan Banny de Yamoussoukro, je m’attendais à assister à une cérémonie institutionnelle convenue, rythmée par de longs discours protocolaires. Mais dès les premières minutes, l'atmosphère dans la salle comble a balayé mes préjugés. Entre le murmure enthousiaste des délégations venues des quatre coins du District et la détermination lisible sur les visages, j’ai compris que j’assistais à une véritable démonstration de force citoyenne. Les jeunes de la capitale politique ne se contentent plus de théories : ils ont décidé de s'attaquer à bras-le-corps à un fléau qui asphyxie l'économie locale, les pertes post-récolte.
Sous la houlette dynamique de Biram Sidibé, coordinateur de l'action citoyenne C’BON SAVED portée par les 2 OSC, et de Josiane Kouakou, présidente du Sénat des Jeunes, les organisations de jeunesse de Yamoussoukro ont franchi un cap décisif lors de ces Journées de l’Agro-Emploi Jeunes (AEJ). Leur arme pour transformer ce défi territorial ? Une initiative audacieuse baptisée C’BON SAVED.
image: Hassane (journée de sensibilisation et de formation sur la valorisation des déchets)
Quand l’économie circulaire devient un moteur d'émancipation
Sur nos marchés, le spectacle quotidien est aussi déchirant que récurrent. Sous la chaleur étouffante, des tonnes de fruits frais : ananas gorgés de sucre, papayes, mangues, se détériorent en quelques heures à peine sur les étals. Pour les commerçantes, ce sont des journées de labeur qui s'envolent en fumée ; pour nos villes, ce sont des montagnes de déchets qui s'accumulent. C’est précisément face à ce désastre économique et écologique que le Sénat des Jeunes a décidé de brandir la carte de l'économie circulaire.
Micro en main devant un parterre captivé, M. Bamba Seydou, chargé de communication à l’ANAGED et formateur du jour sur le tri et la valorisation, a martelé une vision qui a fait mouche dans l'assistance :
« Regardez ces caisses d'invendus : ce ne sont pas des ordures destinées à pourrir dans une décharge ! Ce sont des gisements de valeur brute, des matières premières qui ne demandent qu'à ouvrir la porte à des financements et à la création de nouveaux emplois. Une personne seule a une idée, mais dix personnes réunies en produisent dix. Il est temps de nous regrouper pour créer de la richesse là où les autres ne voient que du gâchis. »
En apprenant à métamorphoser ces fruits menacés en jus conditionnés, liqueurs raffinées ou confitures de longue conservation, tout en orientant les résidus organiques vers le compostage, ces jeunes ne font pas que répondre à l'ODD 13 sur l'action climatique. Ils construisent, pierre par pierre, une chaîne de valeur agroalimentaire durable capable d'offrir un emploi digne et structuré à toute une génération en quête de repères.
image: Hassane (Présentation des résultats de la valorisation des produits agricoles )
Un leadership collectif au service des cibles les plus vulnérables
Ce qui m’a le plus frappé au cœur de cette journée, c’est cette incroyable alchimie territoriale. Assis côte à côte dans la salle, la Préfecture de région, les représentants du Ministère de l'Hygiène et de l'Assainissement, les cadres de la Sodeforce, l'équipe de l'UNICEF Côte d'Ivoire ainsi que les volontaires d’U-Report ne jouaient pas les simples spectateurs. Ils étaient là pour valider et soutenir la maturité d'un projet porté par la base.
Mais la véritable force de C’BON SAVED, c'est son ancrage humain. Le projet refuse de laisser quiconque sur le bord de la route et cible prioritairement ceux que la précarité touche de plein fouet : les jeunes filles et femmes, les profils NEET (ces jeunes Ni en Emploi, Ni en Éducation, Ni en Formation), ainsi que les Personnes en Situation de Handicap (PSH) et les Personnes Vulnérables (PV).
Portant fièrement son écharpe tricolore, Josiane Kouakou l'a rappelé avec une conviction vibrante : le leadership collectif féminin n'est pas un slogan, c'est un levier d'action. En redonnant aux femmes du marché le pouvoir de valoriser leurs invendus, le projet sécurise leurs revenus et renforce leur autonomie au sein du foyer et de la cité.
image: Hassane (Autorités et participants présents lors de l’activité)
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