La poubelle va nourrir nos enfants
Au-delà des grands schémas stratégiques et des démonstrations techniques, c’est dans l'intensité des regards et la ferveur des témoignages que s’est révélée la véritable âme de cette journée du 17 juillet 2026. Dans la salle de conférence du stade Charles Konan Banny, un groupe captait particulièrement l'attention : une forte délégation de femmes commerçantes venues en voisines du marché Fondation, leurs pagnes chatoyants et leurs foulards noués apportant une note de vie éclatante à l'assemblée.
Trop longtemps cantonné au rôle passif de victimes du gaspillage alimentaire, subissant de plein fouet les méfaits du climat et l'absence de moyens de conservation, ce secteur vital du commerce local a décidé de redresser la tête aux côtés de la jeunesse associée.
Quand la maman du marché devient l'ambassadrice de l'innovation
À la tête de ce groupe d'actrices de terrain, Madame Konan Christine, présidente des femmes du marché Fondation, a suivi chaque étape du module avec une attention presque maternelle. En observant ces femmes penchées sur les schémas de tri de l'ANAGED et sur les flacons de produits transformés, j'ai pris la mesure de l'impact social colossal du projet C’BON SAVED.
Prenant la parole avec une émotion contenue qui a fait taire la salle, Madame Konan a livré un témoignage poignant :
« Si j'ai tenu à mobiliser mes sœurs du marché pour venir ici aujourd'hui, c'est pour que nous touchions du doigt cette réalité : ces tas de fruits gâtés que nous jetions à la poubelle chaque soir avec amertume, la mort dans l'âme, ne sont plus une perte. Aujourd'hui, grâce à ces jeunes, nous comprenons que ce gaspillage peut être transformé en produits vendables, et devenir une source d'emplois dignes pour nos propres enfants qui cherchent du travail. »
Ce cri du cœur incarne à lui seul l'esprit du leadership collectif féminin insufflé par le programme Jeune Responsable et Engagé (JRE). En créant un pont entre l'expérience des mamans du marché et le dynamisme des OSC de jeunesse menées par des figures inspirantes comme Josiane Kouakou (Présidente du Sénat des Jeunes), l'initiative restaure un pacte intergénérationnel puissant.
Vaincre la précarité par la dignité du travail
Au quotidien, la pourriture rapide des denrées vivrières creuse un trou béant dans les maigres économies des ménages modestes. Une journée de pluie ou une vente au ralenti suffit à faire basculer une famille dans la difficulté. En démocratisant des techniques de conservation et de transformation à faible coût, C’BON SAVED apporte une réponse structurelle à la vulnérabilité économique.
L'initiative met un point d'honneur à inclure au premier plan :
Les jeunes filles et jeunes femmes exposées au chômage et à la marginalisation,
Les jeunes issus des profils NEET désireux de réapprendre un métier d'avenir,
Les Personnes en Situation de Handicap (PSH) et les Personnes Vulnérables (PV) de nos communautés.
En leur offrant un rôle actif dans la chaîne de valeur agroalimentaire durable, le projet ne verse pas dans la charité passive : il distribue des outils, de l'autonomie et une immense fierté.
Propulsé par l’Alliance Jeunesse Côte d'Ivoire (AJCI), sous le haut patronage du Ministère de la Promotion de la Jeunesse et avec l'appui constant du CNJCI et de l'UNICEF Côte d'Ivoire, ce rassemblement de Yamoussoukro positionne plus que jamais le Sénat des Jeunes vers l'obtention du Label HIT (Hub d'Innovation Territoriale).
Comme l'a souligné avec insistance le coordinnateur local Biram Sidibé, l'ambition n'est pas de s'arrêter à une démonstration d'un jour, mais de transformer cet essai réussi en une phase pilote pérenne et étendue. Lorsque les autorités publiques, les experts techniques, la jeunesse enthousiaste et les mamans des marchés marchent main dans la main, la fatalité recule. À Yamoussoukro, la révolution de l'agro-emploi est en marche, et elle s’écrit au présent.


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